Peut-on “vraiment” visiter un musée à travers l’écran de son appareil photo numérique ? Les bornes vidéos et interactives permettent-elles vraiment de mieux “voir” les œuvres ? La questions de fond reste la même : les écrans sont-ils des enrichissements pour la visite ou sont-ils des “écrans de fumées” qui en inhibent l’expérience ?

photo : Yannick Vernet
Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais, cet été, plusieurs billets de blog ont été publiés sur le sujet de la place de la technologie et des écrans dans les musées. Écrans introduits aussi bien par les visiteurs et leur appareils mobiles que par les musées et leurs bornes interactives. Le sujet n’est pas nouveau mais c’est l’occasion de s’y intéresser et d’articuler ces réflexions éparses ici pour mémoire.
Ces technologies qui permettent de découvrir autrement le patrimoine (27 juillet) : Le Figaro fait un panorama des outils intégrés dans les musées telles que la Réalité Augmentée, qui fait “voir” autrement en ajoutant des couches d’informations à celles de l’œil nu, ou les visites guidées multimédia à télécharger sur son smartphone.
L’apport des nouvelles technologies (3 septembre) : est la réaction de Muséologique à l’article précité et de rappeler que tout le monde ne va pas “télécharger quantité d’informations à partir d’une borne bluetooth” et qu’il “faut surtout un projet scientifique et culture fort”
At Louvre, Many Stop to Snap but Few Stay to Focus (2 Août) : l’article du New-York Times à suscité beaucoup de réactions (418 commentaires à ce jour) en remettant ce sujet sur la table. Comme dans une galerie marchande, les visiteurs-consommateurs “font” le Louvre, l’appareil photo vissé sur l’œil et, d’après l’auteur, accumulent les images souvenirs sans ne rien vraiment “voir” au final.
Does tech engage or distract ? (4 Août) : est la réaction de Shelley Bernstein du Brookly Muséum. Responsable des projets technologiques là bas, elle est pourtant plutôt d’accord et note, d’après ses propres observations sur place, que “80 % du temps les visiteurs étaient collés aux écrans” qu’elle avait installé sur de petits écrans ipod.
Are Screens Killing Museums ? billet de Paul Orselli cité par Shelley Bernstein et qui liste 10 défauts des écrans dans les musées, palliatifs, souvent rébarbatifs et vite obsolètes, à une muséographie mal pensée…
Dans l’autre sens, Nina Simon (Museum 2.0) à réagit dans les commentaires en admettant que même si le risque est présent, la meilleurs technology n’est pas celle qui la distrait mais celle qui au contraire l’encourage explicitement à revenir sur l’oeuvre et l’aide à “aller plus loin” que si elle est livrée à elle-même.
Museum photo policies should be as open as possible (20 août) sur son blog, Nina Simon poursuit alors la discussion en la réorientant vers les écrans apportés par les visiteurs eux-même : elle se fait l’avocate d’un règlement le plus permissif possible à l’égard des appareils photos dans les musées. En substance elle voudraient que les musées laissent les visiteurs s’engager de la façon avec laquelle ils se sentent à l’aise. Cette culture de l’auto-documentation, aussi envahissante nous semble t-elle, est aussi un moyen pour les visiteurs de s’approprier leur expérience au musée et de la partager (et la diffuser) de façon authentique après.
Je la rejoins complètement quand elle y voit un point crucial (révélateur et symptomatique) des institutions qui se voient comme ouvertes et centrées sur les visiteurs. Il vaut mieux que le musée se focalise sur une relation inclusive plutôt que défensive (voir “policière”) avec les publics.
Un nouvel interdit au musée : la photographie ? (Janv-Fév. 2008) Son billet m’a rappelé un article de l’OCIM que je me souviens avoir lu et qui allait dans le même sens et qui montrait “comment la photographie peut en définitive être considérée par le visiteur comme un instrument de médiation” alors que, par facilité ou en s’arrogeant des droits d’exploitations usurpés, les musées se contentent souvent d’interdits pur et simples.
En résumé, les écrans et autres supports sont souvent des distractions faciles mais ils peuvent enrichir la visite si ils enrichissent un propos construit du musée, si ils incitent à voir “de plus près” les oeuvres sans s’y substituer et si ils facilitent son appropriation personnelle.
A noter, au passage, la proposition quelques semaines plus tard du Brooklyn Museum qui va dans ce sens : BklynMuse une visite personnalisée à suivre sur son mobile générée par la recommandation indirecte des autres visiteurs, façon “Amazon” (ceux qui ont aimé ce tableau ont également aimé ceux-ci…). Un écran mobile qui encourage la découverte et le rebond d’intérêt en intérêt…
La photographie : un accélérateur du visuel (27 août) : pour finir cette “revue de web”, le blog de la Recherche en histoire visuelle, déplace le débat sur un autre registre pour finalement s’y soustraire : la photographie et les écrans ne sont pas de simples supports de reproduction visuelle, ils sont un nouvel oeil par lequel nous transformons notre vision du monde qui a fini, de façon inhérente, par changer de nature…bigre !